02.06.2007
Encore une victoire pour la Bourgeoisie
Retour sur les élections présidentielles d'Avril-Mai 2007
Le premier fait marquant c’est le concert de réjouissance de toutes les institutions de la bourgeoisie, médias repus au premier chef, mais aussi partis de gauche, devant la participation électorale. Fini l’abstention de masse, l’abandon des grands partis de gouvernement, le rejet de la Constitution européenne, finie la révolte du peuple contre les élites, fini la crise de régime. C’est enfin le retour du « bon sens », des « grands éditorialistes » et de la « pédagogie ». Les travailleurs sont rentrés dans le rang.
En réalité, c’est le désarroi qui les a fait s’abstenir en 2002, c’est un désarroi plus grand encore qui les a fait aller aux urnes cette fois-ci. Le fait que les travailleurs, temporairement du moins, se soient prêtés au jeu de la grande farce électorale n’a rien de réjouissant. Dans les quartiers populaires, la seule lueur d’espoir c’est la lueur des brasiers de voitures et des cocktails Molotov, c’est le fait que la révolte l’ait emporté sur la servitude volontaire, la résignation ou les plans de carrière d’immigré de service dans la bureaucratie de SOS Racisme et du PS.
Royal a obtenu que 16,7. Au second tour 8 M d’inscrits ce sont abstenu ou on voté blanc ou nul (1,5 M de blanc ou nul). Avec dans le tas un bon nombre de personne qui on fait le choix conscient de ne pas voter pour une « gauche » qui a montré pendant 5 ans (voir 20) à quel point elle pouvait être « violente et inégalitaire », et d’autres encore plus nombreux qui n’ont tout simplement pas été mobilisé par Royal car ils n’y ont vu aucune occasion de changer leur quotidien.
Royal n’a eu pour projet que, soit du blabla démagogique, soit un chassé-croisé idéologique avec Sarkozy sur ces propres terres. Une fois de plus le PS a essayé de battre la droite sur son propre terrain, là où elle peut seule gagner, celui de la délinquance, de l’autorité, du drapeau, de la casse des conquêtes sociales. Et quand le terrain de la droite glisse vers celui de Le Pen, le PS continue à suivre. A quel moment dans la campagne, Royale a t’elle été capable d’opposer quelque chose au projet dense et précis de Sarkozy ?
Pendant le débat par exemple, pourquoi n’a t’elle pas pu dire des choses aussi simples que :
Trou de la sécu : 15 Milliards ? Montant annuel des exonérations patronales : 18 Milliards, Montant total des exonérations patronales depuis 1990 : 132 Milliards. Il suffit de pas grand chose pour rendre la sécurité sociale largement excédentaire et étendre d’autant la qualité des prestations.
Retraites : faire passer le public de 37.5 à 40 anuités par souci d’égalité avec le privé ? Alors pourquoi avoir fait passer le privé à 40 annuités sous Balladur ? On pourrait continuer longtemps comme ça. On peut égaliser par le haut, régimes spéciaux compris et faire financer les retraites par le capital.
Immigration subie contre immigration choisie ? Ceux qui subissent l’immigration, ce sont les immigrés eux-mêmes. Leur pays est maintenu dans la pauvreté par les pays impérialistes qui pillent leurs matières premières. Une fois en France, grâce à la terreur policière permanente, ils sont à la merci des patrons qui peuvent les exploiter à satiété dans l’illégalité totale sans jamais être inquiétés par les pouvoirs publics, et faire pression d’autant sur les salaires et les droits des salariés légaux.
…Mais non, la seule chose qui l’intéresse, les problèmes principaux des travailleurs de France, ce sont les délinquants sexuels et la scolarisation des enfants handicapés.
En ce sens Royal, et plus largement son Parti, porte l’entière responsabilité de la situation dans laquelle nous nous trouvons : un barbare proto-fasciste, un mystique de la réaction, à la tête de l’appareil d’Etat.
Face à lui ne reste qu’un mouvement ouvrier à bout de souffle et une conscience de classe en ruines. Tout est à reconstruire.

La première étape est de se débarrasser de la funeste illusion du recours au PS pour faire barrage à Sarkozy. Démantèlement des services publics, précarisation des conditions de travail, creusement des inégalités entre les riches et les pauvres… Ce fut la politique du PS et de ses alliés pendant 5 ans. Ce serait donc absurde de voter pour eux pour s’y opposer. Rien ne sert de voter utile, de toutes façons, puisque la victoire d’une chambre « bleu horizon » tirant vers le brun est assurée. Par ailleurs, le PS n’a strictement rien fait pendant les 5 années « d’opposition » qui viennent de s’écouler, pourquoi est-ce que ça changerait ?
16:45 Publié dans Politique - Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Parti Socialiste, PS
18.01.2007
Pour qui voter ?
Plusieurs sites propose de tester vos convictions politiques a partir d'un certain nombre de questions. C'est assez marrant à faire.
Le site Pour qui voter est énervant parce qu'il n'y a rien sur la méthodologie. Pourtant il recelle la bonne idée de pondérer les réponses aux questions par l'intérêt qu'on lui porte, et ce n'est pas toujours facile à déterminer. Il faudrait au moins qu'ils nous dise ce qu'ils pensent être les opinions des candidats. Voilà ce qui en ressort pour ma part :
(1. PC, 2. LO, 3. LCR, 4. Les Verts, 5. PS..., c'est pas pour autant que je voterais Buffet)
A ce titre le sites politest est meilleur parce qu'il montre que, dans le PS par exemple, il y a plusieurs courants, très éloignés les uns des autres. Mes résultats :
Il semble que ce soit mes réponses sur le nucléaire et les drogues qui plombent les résultats de la LCR. Par ailleurs, je trouve que le PCF est classé trop à gauche dans le domaine économique et social, il faudrait le reculer d'au moins deux crans, et même LO et la LCR pourraient être reculés de deux crans, car aucun de ces trois partis ne souhaite réellement renverser le capitalisme. Soit dit en passant, aucun d'entre eux non plus ne remet en cause la Vème République, et tous se vautre dans le piège de la personalisation propre au régime présidentiel.
Le meilleur site me semble toujours Political Compass : qui presente les positions politiques sur deux axes et non sur un seul comme habituellement, et ne se livre pas à l'exercice difficile de l'objectivation des positions politiques des candidats ou des partis.
Quelques exemples :
Quelques hommes politiques dans le monde aujoud'hui :
Les gouvernements en UE aujourd'hui (on est dans la merde) :
Un exemple interessant, l'évolution du Labour Party anglais, comparable à celle du PS français :
Pour ma part :
Economic Left/Right: -9.50 ; Social Libertarian/Authoritarian: -7.54
10:40 Publié dans Politique - Actualité | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : politique, UMP, PS, Sarkozy, jeunes populaires, UDF, royal
21.10.2006
La révolution hongroise, 50 ans après
Les médias parlent pas mal en ce moment de la Révolution hongroise de 1956, l'occasion de lire "La révolution hongroise des conseils ouvriers" de Pierre Broué, une analyse marxiste de l'évènement, à peu près le seul livre historique serieux sur le sujet. Il vient d'être mise en ligne sur marxists.org .
Sommaire :
12:50 Publié dans Politique - Histoire & théorie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : politique, Littérature, Actu, parti socialiste, Politique critique, syndicat, gauche
30.09.2006
Marx au XXI siècle (II)
Quelques rajouts à la précédente note, en particulier sur l'articulation entre égalité formelle instituée par l'Etat moderne (que Marx considère tout de même comme un progrès) et exploitation salariale. Pour bien demasquer la profondeur de l'exploitation capitaliste et la capacité du système à voiler, à masquer l'exploitation, il faut articuler le travail de Marx sur "l'abstraction de l'Etat moderne" à ses découvertes sur "la théorie de la valeur". Sans faire le tour de la question je cite l'économiste Michel Husson qui explique très bien et très simplement la chose:
"Marx applique à la force de travail, cette marchandise un peu particulière, la distinction classique qu'il fait sienne, entre valeur d'usage et valeur d'échange. L'idée est la suivante: Le salaire est le prix de la force de travail qui est socialement reconnu à un moment donné comme nécessaire à la reproduction de la force de travail. Le salaire est alors le prix du panier de consommation moyen du salarié. De ce point de vue, l'échange entre le vendeur de force de travail et le capitaliste est en règle générale un rapport égal. Mais la force de travail a cette propriété particulière - c'est sa valeur d'usage - de produire de la valeur. le capitaliste s'approprie l'intégralité de cette valeur produite, mais n'en paie qu'une partie, parce que le développement de la société fait que les salariés peuvent produire durant leur temps de travail une valeur plus grande que celle qu'ils vont récupérer sous la forme de salaire. Faisons comme Marx, dans les premières lignes du Capital, et observons la société comme "une immense accumulation de marchandises" toutes produites par le travail humain. On peut en faire deux tas: le premier tas est formé des biens de consommation qui reviennent aux travailleurs; le second tas, qui comprend des biens dits de luxe et des biens d'investissement, correspond à la plus-value. Le temps de travail de l'ensemble de cette société peut à son tour être décomposé en deux: le temps consacré à produire le premier est appelé par Marx le travail nécessaire, et c'est le sur-travail qui est consacré à la production du second tas. Cette représentation est au fond assez simple mais, pour y parvenir, il faut évidemment prendre un peu de recul et adopter un point de vue social. C'est précisément ce pas de côté qu'il est difficile de faire parce que la force du capitalisme est de proposer une vision de la société qui en fait une longue série d'échanges égaux. Contrairement au féodalisme où le surtravail était physiquement perceptible, qu'il s'agisse de remettre une certaine proportion de la récolte ou d'aller tarvailler un certain nombre de jours par an la terre du seigneur, cette distinction entre travail nécessaire et surtravail devient opaque dans le capitalisme, en raison même de modalités de la répartition des richesses et d'une très profonde division du travail."
Après Michel Husson, j'ajouterai une troisième raison "politique" à cette opacité de la division entre travail necessaire et surtravail: c'est justement l'abstraction de l'Etat moderne qui impose un statut d'égalité (formel) entre tous les individus. cela induit forcément une vision égalitaire des rapports entre individus (sencés être) égaux, dans le fonctionnement du marché, du monde du travail...
Pour un communiste voulant porter une projet de transformation sociale radical cela fait naître des montagnes de questions. Doit on déchirer le voile de cette égalité formelle pour en démontrer toute l'hypocrisie ?
Doit on s'appuyer sur l'avancée qu'elle représente, mettre en valeur la contradiction énorme entre le droit et la réalité sociale (et dans le même temps prendre en compte leurs interconnexions) afin d'en finir avec l'exploitation.
Je pense qu'il faut faire les deux de manière dialectique.
A partir de toute cette analyse comment accepter que le projet porter par le Parti Communiste Français de "sécurité d'emploi et de formation" apparaisse comme la seule réponse communiste pour dépasser le marché du travail alors qu'il ne propose qu'une sécurisation "étatisée"!!! du salariat sans remettre en cause le salariat lui même pourtant au centre du système d'aliénations et d'exploitation capitaliste?
Le salariat est il devenu l'horizon du communisme!?
Comment interpréter le fait qu'aujourd'hui en détruisant une partie du salariat, pour fabriquer en masse de exclus, (licenciement massifs, précarisation systématique du monde travail... et j'en passe) le capitalisme scie une des branches sur lesquelles il est assis? que pouvons nous faire politiquement et pratiquement de cette contradiction?
Voici une volée d'intérrogations qui, à la lumière de la réalité sociale, politique et économique d'aujourd'hui pourrait nous aider à nous engager dans une transformation révolutionnaire de la société.
13:50 Publié dans Politique - Histoire & théorie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, Littérature, Actu, parti socialiste, Politique critique, syndicat, gauche
02.08.2006
Crépuscule des troquets
C’est bien aussi, parfois, de s’asseoir. On trouve une place dans cet espace où les architectes de bar font des prouesses pour séparer et cloisonner, dans une ambiance velours où la prétention à l’intimité est éclairée de lumières tamisées. On demande un demi, tranquille. L’idée, c’est de le savourer. Mais c’est juste une idée. Parce que la bière est infâme. Les industriels ont tout mis dans la couleur, rien dans le goût. Une espèce de bouillon translucide, plat et âpre où seuls les restes d’une effervescence gazeuse rappellent le nom du produit. À peine le verre servi qu’il faut immédiatement le payer. Relié à l’ordinateur central, le serveur doit gérer en temps réel la comptabilité et les flux de l’entreprise. Et puis on peut comprendre la fébrilité inquiète du mastroquet à l’idée que le client puisse partir sans payer après avoir ingurgité sa pisse d’âne... La musique hurle, les basses frappent. Leurs ondes irisent la surface des liquides. Sur l’écran LCD collé au mur, un défilé de mode interrompu par le dernier clip braillard d’Akhenaton ponctué de pubs pour la dernière Opel. Les regards sont tous happés, irrésistiblement, dans la même direction. On n’a pas envie de traîner. C’est d’ailleurs fait pour ça, ne pas traîner, rester entre soi et reprendre un coup, mécaniquement.
Mais debout ou assis, à l’heure de l’apéro, la kémia est en vente en sachet ou au bout du comptoir dans le distributeur vertical. Olives ou cacahouètes offertes risqueraient d’obérer le capital, voire d’inciter le client à abuser de la générosité du taulier. Le verre d’eau, quand il n’est pas servi à contrecœur, a la taille d’une mominette. La direction n’hésite pas à afficher un placard précisant que « la gratuité de l’eau est réservée à notre clientèle », quand elle n’est pas carrément payante. De toute façon, par principe, l’eau est en bouteille et de marque. Sitôt le godet vidé, place nette est faite. Le client redevient séance tenante un futur consommateur partagé entre le néant de la table vide et la sollicitation culpabilisante du serveur. Si l’on commande un café-crème, le nuage de lait est au prix du litre. Demander un pot d’eau chaude destiné à allonger le thé est perçu comme une offense. Le faux-col de la bière tient du jabot. La dose de pastis est micro-pesée. La grenadine du minot est comptée au tarif du digestif. Le serveur cavale derrière le comptoir, traque frénétiquement la goutte insolente, charge et décharge bruyamment le panier du lave-vaisselle, bouscule les verres, projette les soucoupes sur le percolateur, dans un malstrom qui décourage toute présence prolongée. De toute façon, si le Merdic’s bar ne ferme pas à 8 heures du soir pour cause de couvre-feu, le prix des consommations sera majoré. Ici, pas question pour la maison de remettre la sienne, d’ailleurs « ça ne se demande pas ».Ne pas traîner, ne jamais se laisser porter par le hasard, se faire assommer dans un rade assommant, fruit hybride des ligues de bonnes mœurs et de la chambre de commerce : telle est la loi qui gouverne le Merdic’s bar. Ils n’ont certes pas dit leur dernier mot, les bons troquets où l’on écrase sa clope au comptoir et où l’on taille une bavette avec son voisin et le loufiat. Mais elle leur mène la vie dure, la vérole des « lounge bars » à poufs violets, des pseudo-bistrots « à l’ancienne », des « pubs » irlandais comme je suis pape et des cafetons gérés par la Française des jeux."
Publié dans CQFD n°36, juillet 2006.
18:35 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : politique, Littérature, Actu, parti socialiste, Politique critique, syndicat, gauche
24.07.2006
Les consignes de Sarko aux flics portent leurs fruits
19:10 Publié dans Politique - Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : politique, Littérature, Actu, parti socialiste, Politique critique, syndicat, gauche
21.07.2006
Halte à l'agression de l'armée israelienne
Pour sortir de l'etouffement médiatique qui renvoient dos à dos (quand ils ne soutiennent pas clairement Israël) une puissante armée d'occupation et d'agression et une faible et au combien légitime résistance nationale, quelques articles qui font le point sur le projet colonial du gouvernement israelien, éclaire les résistances internes dans la société israelienne et critique le Hezbollah du point de vue de la résistance palestinienne.
Une initiative 100% israélienne. Les bombardements quotidiens israéliens à Gaza sont la cause de la guerre - une guerre globale de recolonisation, par Michel Warschawski
Liban : La guerre préventive permanente d’Israël et les limites de l’unilatéralisme, par Michel Warschawski
Manifestations anti-guerre en Israël, par Mike Head
« L’attaque des Hezbollah ? C’est le seul acte de solidarité avec Gaza », par Tanya Reinhart - (il manifesto)
17:20 Publié dans Politique - Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, Littérature, Actu, parti socialiste, Politique critique, syndicat, gauche
01.07.2006
Notre histoire
03:25 Publié dans Politique - Histoire & théorie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
30.06.2006
Contre la commission Université-Emploi de Villepin
La professionnalisation des études est la transmission de savoirs professionnels (connaissances liées à un poste de travail) et l’inculcation de savoir-être (attitudes exigées pour la mise en valeur du travail subordonné). Les savoirs professionnels et le savoir-être constituent les compétences exigées par les entreprises pour une mise au travail immédiate. L’ensemble des compétences acquises par un travailleur en formation définit son niveau d’« employabilité »
On distingue la professionnalisation directe et la professionnalisation indirecte des études. Avec la professionnalisation directe des études, les compétences sont apportées directement par des « professionnels » (représentants directs du capital), au sein même de l’institution scolaire ou via des activités menées dans l’entreprise (stages, apprentissage, alternance). Avec la professionnalisation indirecte des études, les compétences sont apportées par des enseignants, les capitalistes intervenant en amont et en aval de la formation. Même si cette distinction est utile, elle tend à perdre de sa signification avec l’évolution du métier d’enseignant-chercheur.
La professionnalisation des études n’est possible qu’avec l’ouverture de l’Ecole sur le « monde de l’entreprise », c’est-à-dire avec la subordination de l’Ecole aux intérêts particuliers des capitalistes, en terme de besoins de formation de leur main d’œuvre.
Un enseignement supérieur non professionnalisé, organisé en disciplines, transmet uniquement des savoirs et des savoir-faire. Les savoirs sont des connaissances sur la nature et les activités humaines. Les savoir-faire sont des pratiques sur le monde extérieur. Les savoir et savoir-faire sont acquis en dehors de la production, au sein de l’institution scolaire. Les savoir et savoir-faire sont les fondements de toute activité de transformation de la matière visant à satisfaire des besoins humains. Leur acquisition définit une qualification – sanctionné par un diplôme non professionnalisé – reconnue sur le marché du travail via les conventions collectives. C’est sur la base des savoirs et savoir-faire que la formation professionnelle complète la formation non professionnelle pour que le travailleur soit « opérationnel » sur son poste de travail.
La professionnalisation des études vise à faire prendre en charge par l’Ecole la formation professionnelle du travailleur – autrefois du ressort de l’employeur. Cette prise en charge n’est pas une simple extension du domaine de l’Ecole. Elle a des incidences sur le contenu des savoirs et savoir-faire transmis par l’Ecole, puisque avec la professionnalisation de l’Ecole, la formation non professionnelle est subordonnée directement à la formation professionnelle, et donc à la logique du capital (qui est de produire des hommes destinés au rôle de marchandise pour le capital et conformément à cette destination). Les savoirs et savoir-faire sont ainsi redéfinis en fonction des compétences à acquérir. Avec la professionnalisation des études, il n’existe plus de qualification, distincte d’un agrégat de compétences, et reconnue en tant que telle sur le marché du travail. La professionnalisation des études consacre l’individualisation des rapports capital / travail : le travailleur tente de valoriser sur le marché du travail son portefeuille de compétences (qui lui sont propres).
2. La Commission Université / Emploi met en lumière le « diagnostic partagé » entre le syndicalisme cogestionnaire, le patronat, et le gouvernement, et prépare le terrain à la professionnalisation généralisée de l’Ecole
La loi sur l’égalité des chances était la réponse à la révolte des jeunes des quartiers populaires. La future loi sur la professionnalisation généralisée de l’enseignement supérieur, préparée par le « grand débat » Université / Emploi – lancée le 25 avril à la Sorbonne par Villepin sous forte protection policière – sera la réponse de Villepin au mouvement anti‑LEC et anti‑CPE/CNE. A chaque mouvement social, Villepin répond par la surenchère. La FSE doit préparer dès aujourd’hui le combat contre cette future loi.
Pour préparer sa prochaine offensive, Villepin a pris le soin d’associer l’ensemble des « partenaires sociaux » (syndicats cogestionnaires et patronat). L’opération est parfaitement réussie puisque les « débats » ont mis en lumière le consensus suivant : il faut parachever la professionnalisation de tous les cursus pour permettre une meilleure insertion des jeunes sur le marché du travail.
Avant de détailler les propositions émanant des « grands débats » organisés dans chaque académie (propositions contenus dans les synthèses académiques rédigées sous la direction des différents rectorats), examinons rapidement les positions de l’UNEF, contenues dans son Mémorandum de mai 2006 intitulé « Propositions pour le débat national université-emploi ».
L’UNEF accepte clairement la professionnalisation des cursus pour « faire l’université de tous les métiers ». Elle propose même de « professionnaliser toutes les filières » expliquant que « la distinction filière générale / filière professionnelle n’a aucun sens » ‑ ces propositions faisant écho aux propos de Goulard, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche lors du débat de l’académie de Lyon : « Les étudiants qui fréquentent l’université ont tous vocation à se préparer en son sein à un emploi ». Selon l’UNEF, les modules professionnels doivent être intégrés dans les cursus dès la première année : « D’une façon générale, la professionnalisation doit être considérée comme un contenu d’enseignement à part entière, et être développé de façon progressive de la 1ère à la dernière année universitaire »
Sur les modalités de la professionnalisation, l’UNEF réclame davantage « d’éléments professionnalisant » (citant notamment la « préparation au projet professionnel », « l’apprentissage à la rédaction de CV ou à la réalisation d’entretiens d’embauche »), le renforcement des « modules d’informatique et de langues » dans toutes les filières, et le développement des stages à partir de la 3ème année d’études (c’est-à-dire au niveau licence).
Nous allons voir que le « diagnostic partagé » ne concerne pas seulement l’objectif de professionnalisation. Il concerne aussi bon nombre de modalités de cette professionnalisation. On retrouve les propositions de l’UNEF dans les synthèses académiques issues des différents débats.
En bon syndicat cogestionnaire, le principal grief de l’UNEF envers le gouvernement est de ne pas être membre à part entière de la commission nationale Université / Emploi – principalement composée de patrons et de responsables des « ressources humaines » ‑, dont la mise en place est jugée « intéressante ».
Villepin et le syndicalisme cogestionnaire ont chacun intérêt à théâtraliser une opposition factice entre eux (par exemple l’UNEF oppose sa professionnalisation « durable » à la professionnalisation non « durable » du gouvernement, etc.). Le spectacle de la contestation permettra de focaliser l’attention sur l’anecdote permettant à Villepin de faire passer la professionnalisation généralisée, tandis que le simulacre d’opposition (par l’usage d’un vocabulaire aux consonances « progressistes ») est nécessaire à l’UNEF pour essayer de faire croire aux étudiants qu’elle est un syndicat qui défend leurs intérêts.
3. Les propositions convergentes émanant des débats ne laissent aucun doute sur les intentions du gouvernement : une attaque de grande ampleur se profile
3.1 : La réforme LMD permet la professionnalisation généralisée des filières
La formation professionnelle, au plus près des besoins à court terme du patronat, exigeait la destruction du cadre national des diplômes, décidément trop rigide. C’est la fonction qu’a rempli la réforme LMD : donner plus d’autonomie pédagogique aux universités pour leur permettre de s’adapter aux demandes de formations professionnelles du patronat.
La réforme LMD a substitué une logique de compétences (individualisées) à une logique de qualification (collective). C’est d’ailleurs ce qu’a clairement reconnu, pour s’en féliciter, Yannick Vallée, président de la CPU, lors de son discours lors du lancement de la commission Université/Emploi : « Dans ce chantier [de la professionnalisation], nous ne partons pas, loin de là, de zéro. […]Récemment, la réforme LMD en introduisant nettement la notion de compétences acquises, et en permettant des parcours mieux adaptés aux projets professionnels de nos jeunes a même renforcé l'objectif ‘employabilité’ en l'étendant à l'ensemble des disciplines et des filières. »
L’annexe descriptive au diplôme est l’aspect de la réforme LMD qui illustre le mieux le déploiement de la logique de compétences individualisées. Comme l’indique la synthèse du débat de l’académie de Poitiers – « l’annexe descriptive au diplôme n’aura de véritable sens que si les compétences validées par l’étudiants y sont précisées » ‑ l’annexe descriptive au diplôme devra lister toutes les compétences du travailleur, c’est-à-dire l’ensemble des savoirs professionnels et des savoir-être acquis à l’Ecole ou à l’extérieur. Comme l’indique la synthèse du débat de l’académie de Nantes, il s’agit de constituer un « livret de compétences de l’étudiant ».
La constitution d’un tel « livret » est un recul considérable, une résurrection « moderne » du livret ouvrier, instauré par Napoléon en 1803, qui comprenait l’ensemble des « compétences » attribuées à l’ouvrier par ses employeurs successifs, et que chaque ouvrier devait présenter avant de se faire embaucher. L’annexe descriptive au diplôme assure la traçabilité du travailleur – la « transparence » sur ses compétences – et l’employeur pourra comparer la qualité[1] de marchandises ayant théoriquement le même diplôme.
Dans la logique de compétences, il est clair que devront figurer dans l’annexe descriptive au diplôme, l’ensemble des compétences, y compris les savoir-être. Les synthèses des débats académiques le disent d’ailleurs parfois explicitement. Ainsi, le rapport de l’académie de Paris propose de « définir les compétences – théoriques, pratiques, et comportementales – de chaque formation », reconnaissant d’ailleurs des stages qu’on devait en attendre « beaucoup, en particulier sur les différents plans de savoir-faire et de savoir-être ».
3.2 : La reconfiguration de tous les diplômes sur le modèle des licences professionnelles
Les licences professionnelles, lancées en 1999 par Allègre, constituaient une (nouvelle) brèche dans l’optique de la professionnalisation généralisée de l’université, c’est-à-dire de la transformation de l’université en centre de formation patronal financé sur fonds publics.
Acceptées par le syndicalisme cogestionnaire – qui se contente d’en demander l’aménagement [2] ‑ les licences professionnelles sont unanimement saluées par les synthèses des débats académiques. Par exemple, la synthèse toulousaine écrit à propos de ces « licences » : « Cette démarche partenariale est exemplaire, et constitue une occasion irremplaçable de remplacement entre les deux mondes : universitaire et professionnelle ».
Comme nous allons le voir maintenant, les synthèses académiques célèbrent les innovations des licences professionnelles – stages en rafale, participation des professionnels à l’enseignement, ouverture de la licence conditionnée à la demande régionale, co-construction du contenu de la formation avec les professionnels, adaptation du contenu dans le temps en fonction des besoins, etc. – et se proposent de modifier l’ensemble des cursus sur le modèle des licences professionnelles : « L’exemple récent de la licence professionnelle peut servir de modèle aux autres formations » (synthèse du débat de l’académie de Nantes)
3.3 : Les modalités pratiques de la professionnalisation
Les débats académiques, tous organisés en trois séquences (« Orientation, information, insertion professionnelle », « Professionnalisation des études dans le cadre du LMD », « Apprentissage, développement de l’alternance, formation tout au long de la vie »), ont débouché sur des « synthèses » aux propositions quasi-identiques. Ces « synthèses » ne laissent planer aucun doute : la bourgeoisie, via son gouvernement, a un projet très précis qu’elle fera tout pour imposer dans les plus brefs délais.
A) Le Projet Personnel et Professionnel (PPP), vecteur de l’offensive idéologique de la bourgeoisie
La synthèse de l’académie de Poitiers propose de « généraliser le projet PPP dans l’ensemble des filières universitaires et de l’intégrer dans l’enseignement secondaire au moins dès la classe de seconde ». Dès 15 ans, l’élève devra formuler un projet professionnel, s’orienter en conséquence (et non selon ses goûts pour les différentes disciplines), et être accompagné dans son projet tout au long du cursus.
Pour assurer le bon suivi du PPP, il faut veiller à la qualité du conseil qui sera donné aux élèves dès le plus jeune âge, et contrebalancer, par l’intervention de « professionnels », l’influence néfaste des enseignants du secondaire et des conseillers d’orientation. Jugeant ces fonctionnaires pas assez fonctionnels à la logique du capital, la synthèse de l’académie de Paris affirme clairement que l’orientation ne saurait reposer sur les enseignants du secondaire « qui méconnaissent la réalité actuelle du système universitaire (LMD) » ou sur les conseillers d’orientation « dont les liens avec le monde du travail sont souvent trop ténus ».
L’objectif du PPP est d’amener l’élève à formuler, de son plein gré, un projet professionnel qui correspond aux besoins patronaux. C’est ce que la synthèse de l’académie de Paris appelle « l’orientation choisie » : l’élève doit, à la fin du processus, s’être débarrassé de ses rêves, et choisir librement ce que le patronat veut qu’il choisisse. C’est assez clairement expliqué dans le passage suivant de la synthèse de l’académie de Poitiers : « Il faut donc donner aux lycéens une information aussi objective et complète que possible sur les études supérieures et leurs débouchés professionnels, et les aider dès la classe de seconde à construire progressivement leur projet personnel et professionnel pour pouvoir passer des envies et des représentations à la réalité ».
A tous les niveaux, au lycée comme à l’université, et même dès le collège (via l’option « découverte professionnelle » en 3ème), la bourgeoisie veut diffuser son idéologie, la culture d’entreprise, l’intérêt d’un travail à l’argent qu’il permet de gagner, etc. La culture d’entreprise doit pénétrer l’Ecole par tous les moyens : création de junior entreprises, création de module « connaissance de l’entreprise » dans toutes les filières[3], et généralisation du contrôle continu car, comme le rappelle la synthèse de l’académie de Limoges, l’évaluation par le contrôle continu correspond à « l’approche culturelle du monde du travail ».
B) L’intervention des « professionnels » dans les formations
La professionnalisation généralisée des cursus implique l’intervention des « professionnels » à tous les niveaux. C’est ce que propose la synthèse de l’académie de Versailles : « Il est essentiel de renforcer et généraliser l’implication des entreprises dans les équipes de formation, depuis l’élaboration des cursus jusqu’à leur évaluation, y compris par la participation aux enseignements et aux jurys ».
Il s’agit de faire intervenir les représentants du patronat lors de la création des cursus. Par leur participation aux conseils centraux des universités, ils interviennent déjà lors de la création des diplômes d’université (DU) qui ne nécessitent pas d’habilitation gouvernementale. Mais les synthèses académiques proposent d’aller plus loin, de remettre en cause le mécanisme d’habilitation existant pour les licences et masters, et d’associer les représentants du patronat au moment de l’habilitation. Ainsi, la synthèse de l’académie de Dijon propose de « mettre en place une commission nationale d’habilitation des masters professionnels, associant représentants du monde académique et du monde de l’entreprise ». Dans la même logique, le patronat devrait aussi avoir son mot à dire pour l’habilitation des licences.
Soulignons que le patronat n’a pas besoin d’avoir de représentants directs dans les commissions d’habilitation pour que se développent les modules professionnels comme « création d’entreprise », « insertion professionnelle », « formation à l’entretien », « rédaction d’un CV » [4] sans oublier les stages. Les différentes synthèses académiques prônent le développement de ces modules dès la 1ère année universitaire.
Il s’agit aussi d’associer les représentants du patronat au déroulement de la formation. En multipliant les « enseignements » délivrés par les professionnels dans les cursus. Mais aussi, comme le suggère la synthèse de l’académie de Poitiers, par la « généralisation des conseils de perfectionnement associant universitaires et professionnels, non seulement à tous les diplômes professionnels, mais aussi (sous une forme adaptée) aux filières générales »
Enfin, dans cette logique, les représentants du patronat doivent aussi avoir leur mot à dire pour l’évaluation des formations. Les synthèses prônent la mise en place d’un Observatoire de l’insertion professionnelle, avec bien sur une participation des représentants du patronat, où les formations seraient évaluées en fonction du taux d’insertion professionnelle. Cet observatoire est censé orienter les étudiants vers les filières les plus appréciées (à un moment donné) par le patronat.
C) La professionnalisation implique la sélection
Comme l’indique la synthèse de l’académie de Nantes, « la professionnalisation repose également sur la régulation des flux pour permettre le bon fonctionnement des formations ». Pour réguler, il faut sélectionner. Mais, traumatisée par l’échec du projet Devaquet (1986) de mise en place de la sélection à l’entrée de l’université, la bourgeoisie teste de nouvelles pistes, plus alambiquées, pour développer la sélection.
La bourgeoisie est bien consciente que « l’orientation choisie », les pressions diverses et variées pour orienter de leur plein gré les étudiants vers certaines filières ou tout simplement vers l’arrêt des études, ne suffiront pas à elles seules, à faire correspondre le système de formation aux intérêts patronaux. Plusieurs pistes sont suggérées :
‑ Dans la logique du LMD, la CPU propose de mettre en place une sélection à l’entrée du master. Pourquoi sélectionner à l’entrée de la 2ème année de master alors que la 1ère année de master ne débouche sur aucun diplôme reconnu sur le marché du travail ?
‑ Plusieurs synthèses académiques proposent d’établir une première sélection 6 mois ou 1 an après l’entrée à l’université. Il s’agirait de transformer le 1er semestre ou la 1ère année universitaire en centre de triage où, après un « bilan de compétences et de savoir-être » (synthèse pédagogique de la réunion), les étudiants seraient orientés dans des filières correspondant à leurs compétences. L’objectif de cette opération de triage serait d’orienter davantage d’étudiants (les moins bons) dans les licences professionnelles (cf. synthèse de l’académie de Créteil) terminales. On notera que la secondarisation de la 1ère année universitaire (année fourre-tout pluridisciplinaire avant la véritable orientation) est aussi le projet pédagogique de l’UNEF.
3.4 : La transformation de la mission de l’enseignant-chercheur : au service du patronat !
La professionnalisation des études implique nécessairement la redéfinition du métier d’enseignant-chercheur. Autrefois exclusivement chargé de transmettre des savoirs et des savoir-faire, l’enseignant-chercheur doit voir sa mission évoluer : « La mission de l’enseignant chercheur ne doit plus se limiter à la transmission des savoirs, des approches méthodologiques et des développements cognitifs » (synthèse de l’académie de la Réunion). L’enseignant-chercheur est appelé à exercer de nouvelles fonctions : « actions d’accompagnement à l’insertion professionnelle » (synthèse de l’académie de Versailles), « encadrement des stages et des activités menées en alternance dans les entreprises » (synthèse de l’académie de Dijon), etc.
Les différents rapports prône une modification du statut d’enseignant-chercheur qui reconnaîtrait ces nouvelles fonctions, et en tiendrait compte de leur évaluation pour l’évolution de la carrière de l’enseignant-chercheur. Ce nouveau statut devrait par exemple « permettre aux enseignants-chercheurs de disposer de congés thématiques ‘entreprises’ de longue durée » (synthèse de l’académie de Rennes)
Déjà surchargé de tâches administratives et prospectives (à la recherche de fonds pour financer la recherche), l’enseignant-chercheur serait, avec ces nouvelles tâches, de moins en moins enseignant et de moins en moins chercheur, et de plus en plus un formateur de ressources humaines prêtes à l’emploi.
4. La FSE combat la professionnalisation des études
La bourgeoisie cherche à exploiter l’angoisse que suscite le chômage de masse pour faire passer la professionnalisation de l’enseignement supérieur comme un processus qui s’impose naturellement et qui contribuera à faire baisser le chômage. Le patronat joue sur la peur et trouve des partenaires syndicaux pour relayer sa communication. Ainsi, Sébastien Louradour, représentant de l’UNEF, a affirmé lors du débat de l’académie de Paris : « Les jeunes ont peur de ne pas trouver de travail, donc la professionnalisation est un enjeu majeur ».
La FSE doit combattre les idées reçues propagées par la bourgeoisie, son gouvernement, avec la complicité des bureaucraties syndicales (pour décourager et intimider les travailleurs). Ce n’est pas le système de formation qui est responsable du chômage de masse mais le fonctionnement même du système capitaliste. Faire croire qu’une réforme du système de formation ferait baisser significativement le chômage est un non-sens réfuté par la seule statistique suivante : « on estime à 10% à peine du nombre de chômeurs les offres d’emplis non satisfaites pour cause de formation inadéquate » [5]. Alors que le chômage n’a cessé de monter alors que l’enseignement supérieur se professionnalisait toujours plus, les experts de la bourgeoisie persistent à affirmer que la professionnalisation est une solution au chômage ! En fait, la professionnalisation est une politique de classe qui sert les intérêts de la bourgeoisie et dessert les intérêts des travailleurs.
Les étudiants n’ont aucun intérêt collectif à la professionnalisation des études. Par contre, une fois la professionnalisation introduite, les étudiants ont – en apparence de façon paradoxale – individuellement, souvent intérêt à effectuer des modules professionnalisant. A qualification égale, le patron préférera l’étudiant qui aura suivi des modules professionnalisant, car il n’aura pas à le former.
Le syndicat doit expliquer que les étudiants ont intérêt à se rassembler pour défendre leur intérêt collectif qui est de refuser la professionnalisation (même si une fois introduite, dans la concurrence entre étudiants, ils ont intérêt à avoir un portefeuilles de compétences plus fourni que leur voisin).
[1] « avec une approche de la formation en terme de compétences, compétences évaluées puis certifiées, une démarche qualité pourra alors être envisagée (…). Elle s’imposera à court terme » indique la synthèse du débat de l’académie de la Réunion
[2] Une fois les contre-réformes appliquées, le syndicalisme cogestionnaire en demande (au mieux) l’aménagement ou les transforme (au pire) en réforme progressiste.
[3] Proposition contenue dans la synthèse du rectorat de Limoges
[4] Le rapport de l’académie de Versailles préconise que les modules « rédaction d’un CV » soient assurés par des « seniors » jeunes retraités.
[5] Samuel Johsua, L’Ecole entre crise et refondation, 1999, p. 25
Une analyse de la FSE Paris
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29.06.2006
La jeunesse en lutte dans le monde : 4. Dernières nouvelles
Les potentialités de lutte de la jeunesse, moins controlée par les appareils, continuent de se vérifier. Après la France en mars-avril, un mouvement est en cours dans trois pays : en Grèce (contre une privatisattion des facs menées par un gouvernement réactionnaire avec le soutien tacite du PS grec), en Allemagne (contre un gouvernement d'alliance entre réactionnaire et "sociaux-démocrates" qui n'ont comme différence que la couleur de leurs affiches électorales), au Chili (les lycéens et les étudiants sont en lutte contre une loi de Pinochet qui permet des inégalités locales dans le système éducatif et sont très sévèrement réprimés par le gouvernement "socialiste" de Michèle Bachelet, la copine de Ségolène Royal). Tous ces mouvements ont la particularité de se référer au mouvement anti LEC/CNE de mars-avril en France.
Pourquoi le silence sur ce qui se passe en Grêce ?
par Raoul-Marc Jennar
Rien ne s'écrit, rien ne se dit, rien ne se montre sur ce qui se passe en Grèce depuis cinq semaines. Les journaux, les stations de radio, les chaînes de télévision nous privent du droit à une information majeure : depuis cinq semaines, 354 départements académiques sont occupés ; des milliers d'étudiants manifestent régulièrement ; la manière dont la police a réprimé la manifestation du 8 juin rappelle à bien des égards les heures noires de la dictature des colonels (une personne dans le coma). Dans un pays de l'Union européenne ! Et nous n'en savons rien.
Le gouvernement grec, suivant en cela les décisions dérégulatrices prises par nos gouvernements pour être ensuite imposées par l'OMC et par l' Union européenne, va modifier la Constitution rédigée après la chute de la dictature pour permettre la privatisation de l'enseignement universitaire. Il prépare en outre une loi qui va permettre la création d'établissements universitaires privés, qui va imposer les critères de gestion des firmes privées aux facultés d'État, qui va supprimer « l'asile universitaire » soumettant jusqu'ici l'intervention de la police sur les campus à l'accord du Conseil d'administration de l'université, qui va réduire drastiquement la possibilité de repasser les examens.
C'est à cela que des dizaines de milliers d'étudiants grecs s'opposent. Dans l'indifférence totale des journalistes et correspondants de presse des autres pays européens. Le black-out des médias propagandistes de la pensée unique néolibérale vise un but : empêcher qu'on sache dans toute l'Union européenne que la résistance au néolibéralisme existe partout, qu'elle n'est pas une exception française et que le rejet de l'Europe telle qu'elle se construit depuis cinquante ans grâce à l'alliance de la démocratie-chrétienne et de la social-démocratie va grandissant. En Europe, on impose la liberté de circulation des biens, des services et des capitaux, mais on brime la liberté de circulation des informations. Il s'impose d'urgence de manifester notre solidarité avec les étudiants grecs. Il s'impose de dénoncer l'information sélective et orientée des médias privés et publics, tous à la solde des banquiers et des marchands. Combien de temps encore allons-nous supporter ce coup d'État permanent qu'est la construction d'une Europe néolibérale destructrice de nos acquis démocratiques et sociaux ?
Chili : remise en cause du système libéral
La "révolte des pingouins" de ces dernières semaines (1) contre le système éducatif (2) a le mérite de révéler l'existence d'une société profondément inégalitaire. Un autre exemple est le système de retraite basé sur les fonds de pension, qui est proche de la faillite (3). Ce modèle se société libérale a été mis en place par Pinochet et il semble que l'heure est arrivée de le remettre en cause.
Le Chili (après l'Argentine, avant que celle-ci ne "tombe en faillite") est le meilleur élève de la Banque Mondiale, du FMI et des économistes libéraux. Bien que faisant parti du Mercosur, il a signé un accord de libre échange avec les Etats-Unis. Dans le "nouveau visage" de l'Amérique Latine et ce "virage à gauche" comme l'appellent certains (avec Chavez et Morales), il se place à droite, rejoint par Lula, Kirchner et bientôt Garcia au Pérou. Car si ses indicateurs économiques sont au vert, au niveau social la situation est catastrophique, à côté d'une classe moyenne qui profite des réformes libérales, la majorité de la population vit dans des conditions peu réjouissantes. Le Chili a vécu dans les années 60, avec Salvador Allende, un processus politique de révolution socialiste démocratique, processus interrompu par le coup d'Etat militaire de Pinochet (et des Etats-Unis). Dès lors, comme en Argentine, parrallèlement aux assassinats, au niveau économique, les militaires ont appliqué une politique libérale de dérèglementations et de privatisations. "La 'révolution néo-libérale' a divisé le pays en deux : d'un côté, les dirigeants politiques, l'armée et la bourgeoisie d'entreprise ; de l'autre, les exclus de la prospérité. En 1988, plus de la moitié des habitants du grand Santiago étaient (considérés) comme 'pauvres', par ailleurs l'ultra-libéralisme a créé ses nouveaux déclassés : petits commercants, enseignants, employés" (4).
Seize ans après le "départ" de Pinochet, les successifs gouvernements de la Concertacion (démocratie chrétienne et parti socialiste) n'ont opéré aucun changement au modèle économique, se contentant de faire du "pinochétisme économique sans Pinochet" ! (Vayssière) Au niveau politique, le poids de la droite et de l'Eglise (donc des militaires) est toujours importants. En raison de son passé dictatorial, la société chilienne se caractérise par une recherche de consensus politique et une intolérance face au conflit. Les seuls à mener une résistance, liée à une question de survie, sont les mapuches (avec leur lot de prisonniers politiques).
Néanmoins, cette irruption des "pingouins" dans les rues et sur la scène politique s'inscrit dans un contexte de renouveau de conflits, avec en particulier comme le notait le quotidien La Nation, "la résurrection des groupes anarchistes et libertaires" (5). Les pingouins, première génération post-dictature, et largement soutenus par la population, sont peut être en train d'ouvrir un autre chemin dans l'histoire du Chili. "Les chiliens avaient d'abord plébiscité les droits de l'homme (dans le retour à la "démocratie), en laissant pour plus tard la justice sociale...", écrivait Vayssière en 1991. Ce "plus tard" est peut être arrivé.
[1] Voir les articles sur http://www.hns-info.net/rubrique.php3 ?id_rubrique=6
[2] Voir : http://hns-info.net/article.php3 ?id_article=8629
[3] Voir : http://hns-info.net/article.php3 ?id_article=8661
[4] Pierre Vayssière, "Les révolutions en Amérique latine" (Seuil, 1991)
[5] Voir : http://toulouse.indymedia.org/article.php3 ?id_article=5706
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